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(Petite) sélection d'articles

Le copyright des articles appartient à leurs auteurs.
Qu'ils soient remerciés pour l'autorisation de reproduire ces articles.

L'homme-fougère
Sherlock Holmes et le
secret des lettres

Voyage autour
de ma langue

Le frère à la bague
Sans témoins
L'ange des larmes
Une mystique sans Dieu




Émissions en ligne

Apostrophes

Apostrophes
, 10 octobre 1986, sur le site de l'INA : Pudeurs et impudeurs.
Espace Livres : Edmond Morrel
 

Quelques articles de revues en ligne

La cause littéraire : Fermé pour cause d'Apocalypse, Michel Host.
NouvelObs.com : Fermé pour cause d'Apocalypse : Cristine Bini.
Encres vagabondes : Entretien avec Brigitte Aubonnet, article sur Le marchand d'anges (Brigitte Aubonnet), article sur L'ange des larmes (Serge Cabrol)
Le littéraire.com :
Dieu et le pêcheur : Isabelle Roche. Histoire de la conquête amoureuse : Isabelle Roche.
Zazieweb
: L'homme-fougère : Sahkti.
Pages personnelles : L'Homme-fougère; Le Testament de sable : Françoise Chatelain
Histoforum : Histoire de la conquête amoureuse : Nicolas Bernard
La Mère Michel a lu : Le marchand d'anges : Michel Host
Zazie.web : Le marchand d'anges : Vincent Engel  - Excellente revue en ligne qui a dû hélas cesser ses activités.
Féminis : interview en roumain à propos de l'Histoire de la conquête amoureuse (Georgiana Papari)
Le cafard cosmique : L'ange des larmes (K2R2)
Victoire n°166 et Blog à part : L'ange des larmes : Vincent Engel; N° 195 : Pudeurs féminines : Vincent Engel.
Genre, Sexualité et Société, n° 5 | Printemps 2011 : Pudeurs féminines (Lola Gonzalez-Quijano).
Parutions.com : La coquetterie masculine (Jean-Paul Fourmont), Histoire du célibat et des célibataires (Frédéric Saenen), Pudeurs féminines (Christophe Colera)
Enlivrons-nous : Fermé pour cause d'Apocalypse, Emily.
Le Carnet et les Instants : Une mystique sans Dieu, Ghislain Cotton.
Quelques articles numérisés en ligne :
Dans Le matricule des anges : Le roi rebelle : Éric Dussert. Le frère à la bague : Éric Dussert
Dans Parutions.com : Histoire du célibat et des célibataires : Frédéric Saenen
Dans L'Express : Le frère à la bague : Kasbi François
Dans
Lire et L'Express : Requiem pour un ange tombé du nid : Jean-Remi Barland
Dans Lire : Le frère à la bague : Jean-Rémi Barland
Dans Critiques livres : Le Secret de la sibylle : Persée
Dans L'Humanité : Histoire du célibat et des célibataires : Cynthia Fleury
Dans Le Monde : Le frère à la bague : Pierre-Robert Leclercq
Dans Nice Premium : Histoire du célibat et des célibataires : Jean-Luc Vannier.
Dans Le Carnet et les Instants : Le marchand d'anges (Michel Torrekens) Le frère à la bague (Laurent Demoulin) Le dit des béguines (Danny Hesse)
Dans Le Soir, 28 mai 2010 : L'ange des larmes : Pierre Maury ; Fermé pour cause d'Apocaypse : Pierre Maury.
Dans le Luxemburger Wort : Jean-Rémy Barland
Dans l'Appel, novembre 2015 : Gérald Hayois (Une mystique sans Dieu).
Études universitaires en ligne

José Domingues de Almeida, "Entre allusions et obsessions : deux exemples de démarche du roman belge face au religieux : Sans témoins de Jean Claude Bologne et En vie d'Eugène Savitzkaya, Universidade do Porto, Intercâmbio, n° 8 (1997), p. 107-117. Publié sur Versila, 5 mai 2014.


Articles sur Jean Claude Bologne

L'homme-fougère

Pierre-Robert Leclercq
Ghislain Cotton
Jacques de Decker
Pascal Romieu


1. Pierre-Robert Leclercq

          " (...) On a beaucoup écrit sur la mémoire des peuples et des individus, sujet que la forme romanesque peut éclairer sans réduire. Mais il faut du talent et Bologne n'en manque pas."

Pierre-Robert Leclercq, Le Monde, 6 février 2004.

2. Ghislain Cotton

La mesure du possible

          Il est "diablement" plus facile de lire le dernier roman de Jean Claude Bologne que d'écrire à son propos. On sait que l'écrivain liégeois, parisien d'adoption, aime les constructions subtiles qui mettent en jeu l'homme à la recherche de lui-même à travers le monde qui l'entoure et à travers le langage souvent obscur de ses propres sentiments et aspirations. Il en résulte, sous la forme de récits dont la singularité fouette la curiosité du lecteur, un gisement de réflexions et de suggestions d'une portée philosophique et existentielle certaine. Leur pertinence et leur légitimité sont d'autant plus réelles qu'elles s'ancrent dans cet imaginaire fécond où la complexité des comportements, des fantasmes ou des chimères peut pleinement s'épanouir. Paradoxe qui démontre une fois de plus que le roman digne de ce nom n'est pas un passe-temps pour pucelles romantiques ni une élucubration gratuite à la limite de la frivolité, mais un moyen d'expression spécifique capable de briser le mur où l'essai, rétif à l'intuition et au doute créatif, pourrait se casser le nez (quand ce n'est pas la tête du lecteur).
          Bref suggérer des possibles en tout genre, fussent-ils les plus insaisissables, les plus déconcertants ou les plus allégoriques, peut s'avérer plus riche que de gloser à l'infini sur ce que l'on tient, non sans présomption, pour acquis ou certain. Et contrairement à ce qui fut (et sans pour cela tomber dans la science-fiction) la science, selon la vision d'aujourd'hui, devient elle-même d'une étoffe conjecturale aussi "suspecte" que "l'illusion" romanesque dont elle se fait, d'aventure, une futée pourvoyeuse. Ce qui n'est pas non plus étranger à la "fable" faustienne imaginée par Jean Claude Bologne, mais faut-il traiter de fable, l'histoire d'un homme jeté, entre Raison et Folie, au centre d'un maelström identitaire dont il est à la fois la victime et l'acteur, sur fond d'un monde en proie à toutes les convulsions et qu'on ne qualifie pas pour autant de fictif ou d'illusoire ? Tout cela sous les espèces d'un polar envoûtant dont on suit les péripéties pas à pas dans ceux du narrateur, le scénariste Louis Lefebvre, dont les mésaventures débutent dans le Thalys Paris-Liège. Naguère, il a fait parler de lui en refusant fièrement au directeur de chaîne télé le plus courtisé de réaliser une commande jugée inacceptable. Ce n'est pas un hasard si l'inconnu installé à ses côtés est le scénariste qui l'a remplacé et a pu ainsi amasser une vraie fortune.
          Après s'être fait connaître, ce diable d'homme propose un étrange contrat : acheter à Lefebvre, au prix fort et pour son usage personnel, tous ses souvenirs, depuis sa prime enfance jusqu'à ce fameux "non" . Et ce pour se constituer une vie dont tout ce temps-là est absent de sa propre mémoire. Lefebvre finira par accepter, mais certaines circonstances le désignent ensuite comme l'auteur d'un crime commis ce jour-là dans le train et dont la victime est le mari d'une compagne qu'il a quittée naguère. C'est le point de départ d'une odyssée personnelle où interviennent des personnages qui à différents titres apparaissent comme des possibles de lui-même. Autrement dit ceux auxquels ses refus ou ses abandons ont en quelque sorte laissé la place et donné une vie autonome, mais forcément tronquée et encline à demander des comptes. Un jeu qui s'avère mortel, où le roué Bologne introduit la notion mathématique des formes fractales dont l'avantage - dixit un des protagonistes- est que " chacune a la structure de l'ensemble, comme la plus petite branche de la fougère a la forme de la fougère tout entière" . La partie indifférenciée du tout. Ajoutez à cela la nature fractale du temps ("qui ressemble à la mousse de la bière, avec de grosses et petites bulles" , ce qui "rend impossible de définir de manière absolue la mesure d'un intervalle" ) et voilà l'abîme vertigineux qui s'ouvre davantage encore sous les pas de l'homme qui a souvent dit "non" , l'homme -fougère devenu agglomérat de créatures à la fois chimériques et rendues possibles par les fractures d'un temps qui abolit dans la fine pointe du présent le sens de l'avenir et du passé.
          Du coup, voilà aussi cet homme transpercé par la flèche de Zénon, la "flèche infinie qui n'atteint jamais son but" . Qu'est-ce donc que l'identité à travers le temps ? "Et moi, à quoi rêvais-je à son âge ? Et moi, pour quel rêve donnerais-je ma vie ?" se demande, à bord du Thalys, un Lefebvre bouleversé par ce propos d'un jeune Palestinien, repris dans un journal : "J'ai fait un rêve : me faire exploser sur un marché d'Israël" . Ce n'est évidemment pas pure fantaisie que d'avoir introduit chaque chapitre par l'évocation d'événements meurtriers bien réels, relatés par la presse internationale. Est-ce à dire aussi que dans ce monde de communication où l'information est si multiple, si proche et si souvent désastreuse, l'on se trouve coincé par le choix entre le "non" qui ferme les yeux et protège et le "oui" qui engage et peut-être fourvoie ? Sans savoir ce qu'il adviendra de ce "oui" ou de ce non" dans l'instant qui suit.
          Alors, être persécuté par ses possibles ou s'exposer à l'autodestruction? Question insoluble qui ressemble assez au "Moebius Strip" de M.C. Escher, défi graphique à la réalité, choisi pour illustrer le bandeau promotionnel du livre. Puisse, en tout cas, cette chronique, à défaut d'être éventuellement judicieuse, accéder au séjour élyséen des possibles.

Ghislain Cotton, Le Vif l'Express, 9 janvier 2004.

3. Jacques de Decker

Bologne, maître de la "nouvelle fiction"


L'épatant "Homme-fougère" est un thriller métaphysique et jubilatoire sur les pièges que nous tend... le temps.

          Comment qualifier le nouveau roman de Jean Claude Bologne ? Dire qu'il s'agit d'un divertissement de haut vol ne définirait que l'effet qu'il produit sur son lecteur, qui se délecte devant tant d'ingéniosité narrative, mais ne dirait rien de son contenu, on ne peut plus original. "Thriller métaphysique" pourrait convenir : l'auteur y coule dans une trame policière une problématique puisant sa matière dans la philosophie, la psychanalyse et les théories sur l'écoulement relatif du temps, appelé le temps fractal.
          Mais, d'abord, Bologne a l'art de nous intriguer. Son personnage, Louis Lefebvre, est un scénariste qui se refuse à produire de la soupe audiovisuelle et vit à Paris, tout en étant liégeois de souche (comme son créateur). Dans le Thalys qui le ramène dans sa ville d'origine, un meurtre est commis. Il va être tenu pour suspect. Mais ce n'est pas la plus singulière de ses mésaventures; il est sollicité par un confrère qui lui propose le pacte faustien de lui racheter son passé et entreprend de le soumettre à un interrogatoire des plus serrés, qui l'embarrasse de plus en plus.
          Le voilà cerné de figures harcelantes, toutes dotées d'un prénom apparenté au sien, qui sont comme les délégués d'épisodes de sa vie, principalement amoureuse. Les nouveaux compagnons de ses anciennes amours deviennent encombrants, inquiétants même. Ils apparaissent comme les preuves tangibles que l'on ne se déleste pas de pans de vie comme d'autres créatures changent de peau. D'autant que nul - pas même les peuples, et c'est ce qui confère sa dimension politique au livre - ne vit le temps selon la même cadence et que la durée n'est certainement pas une continuité invariablement rythmée.
          Beaucoup plus accessible que "L'arpenteur de mémoire", qui traitait de thèmes proches mais sur un mode moins allègre, "L'homme-fougère" est le nouveau tour de force d'une de nos écrivains les plus intelligents, dont les moyens littéraires ne cessent de s'affermir. Bologne est d'évidence un maître de cette "nouvelle fiction" à laquelle il adhère de toutes ses fibres.

Jacques de Decker, Le Soir, 9 janvier 2004.

4. Pascal Romieu

Haddad-Bologne, Un monde sans mémoire
Peut-on s'alléger de sa mémoire ? L'homme a-t-il autant d'âmes multiples que de souvenirs ? Où se situe son centre, son point culminant, sa vérité, dans ce kaléidoscope où la mémoire opère, au jour le jour, un perpétuel recyclage de nos parts d'ombre et de lumière ? Et comment ne pas en appeler à "l'oubli le plus parfait" lorsque l'amour se dérobe ?
          Voici deux écrivains et romanciers, parmi les plus doués et les plus audacieux, Hubert Haddad et Jean Claude Bologne, qui sont en train, de livre en livre, de réconcilier le roman avec la fiction, dans une langue belle, ambitieuse, exigeante. Tous deux sont de remarquables architectes de leurs livres, et chacun dans son style, des virtuoses de la langue (à Haddad, la voie humide; à Bologne, la voie sèche, si l'on veut à tout prix coller des étiquettes). Or, voici qu'avec les mots, les images, la musique qui leur appartiennent en propre, l'un et l'autre soulèvent — à travers deux solides trames romanesques qui finissent, l'une et l'autre, par bifurquer vers l'étrange et le conte fantastique — la même question centrale de la mémoire et de sa fonction dans nos vies. Rien de plus apparemment inactuel que ce thème dans notre univers de zapping , où l'instantané semble être l'ultima ratio  d'un monde menacé d'amnésie. Mais les questions que soulèvent Hubert Haddad et Jean Claude Bologne montrent bien l'inanité de tels a priori , et à quel point l'absence de mémoire, son refus, ou son déni, témoignent d'un stade ultime, où se déchaînent alors toutes sortes de sortilèges. Dans L'homme-fougère , l'improbable héros de Jean Claude Bologne, après avoir vendu sa mémoire au diable — un nabab amnésique qui lui a acheté ses souvenirs à prix d'or ! — , devra soulever ses masques, déjouer les mauvais tours et les intimes complicités de sa mémoire, jusqu'à atteindre les lisières de la folie et de la mort, avant de comprendre que, sans ce "soubassement", la vie se rétracte et le temps se fige en une douloureuse tétanie : qu'il n'y a pas d'existence sans passé.
          Avec La culture de l'hystérie n'est pas une spécialité horticole , Hubert Haddad nous entraîne dans un univers tout aussi inquiétant, où le passé (son héros a purgé vingt-neuf ans dans une prison sri-lankaise pour quelques grammes de haschich), le présent (il a hérité d'un oncle richissime un étrange château-hôpital psychiatrique perdu au milieu de la forêt) et l'avenir (l'angélique Iolé, dont il est follement épris) conjuguent leurs névroses en un entêtant jeu de miroirs — jusqu'au seuil du silence et de l'oubli... Peut-être faut-il comprendre, alors, que l'acte mémorial dans son essence ne peut être qu'une anamnèse , une remémoration du "point d'origine", autrement dit une remontée à la source, de la périphérie vers le centre ? Mais il ne s'agit pas ici d'une thèse et les deux romans laissent heureusement les questions en suspens, abandonnant pistes et épilogues à la méditation ou à l'imagination du lecteur.
          Ce sujet est, certes, loin d'être nouveau, chez nos deux auteurs. Le thème de la mémoire est partie prenante de l'incessante méditation sur le mythe de l'identité, qui parcourt toute l'œuvre d'Hubert Haddad — de même qu'il a longtemps inspiré à Jean Claude Bologne les subtiles et complexes constructions diachroniques de ses romans historiques. Mais on le retrouve ici porté à une sorte de point d'incandescence, comme si — loin des lourdeurs phlébiteuses de la psychologie réaliste —, ces deux amateurs de romans "ouverts", où seul l'imaginaire impose son rythme, sa dynamique et ses emballements, avaient perçu la misère inouïe d'une humanité sans mémoire.

92 Express , avril 2004.

 
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Sherlock Holmes et le secret des lettres

Ghislain Cotton
 
Clôture de la trilogie bolognaise et holmésienne

          Après Le Chanteur d'âme et Le Testament de sable, Jean Claude Bologne remet ses pas dans ceux du Dr Watson pour achever avec La Réparatrice sa trilogie désormais réunie dans un seul volume sous le titre général Holmes et le secret des lettres. Cette fois ce sont le Chat-Noir et les plus illustres habitués du cabaret artistique parisien - dont Rimbaud, Cros, Mac-Nab et autres zutistes ou hydropathes- qui titillent la curiosité de Holmes. Ce qui le conduit sur les traces du Père Hébert (subtil concentré de Père Ubu et de fondateur de l'hébertisme destiné à la formation physique et morale du citoyen) inventeur de la Réparatrice, un procédé propre à extirper la fibre poétique des cerveaux pour le plus grand bien de la société. Comme dans les deux volets précédents, Bologne joint son humour, sa fantaisie et son érudition à la sagacité d'Holmes pour tenir avec légèreté un propos grave sur les dangers encourus par la pensée libre et par l'esprit de poésie "qui restitue à l'homme le relief de sa troisième dimension" . Et donc par l'écriture et les lettres qui en sont les véhicules privilégiés. Bien entendu, Holmes est brillant comme d'habitude, mais l'ennemi pourrait être plus fort que Moriarti. Et peut-être court-il encore aujourd'hui.

Ghislain Cotton, Le Vif / L'Express, 28 mars 2003.

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Voyage autour de ma langue:

"Ce livre est d'abord celui de ma langue, de ma façon de la ressentir, de l'utiliser, de l'aimer ou de la violer." Dès les premières lignes, le ton est donné. Le dernier ouvrage de Jean-Claude Bologne n'est pas un manuel, mais une balade. Une balade savante et attrayante, au fil de laquelle l'auteur dresse un état des lieux de l'usage actuel du français. Mêlant coups de gueule et traits de poésie, l'auteur évoque les structures fondamentales de la langue et les grands débats qu'elle déclenche (féminisation, franglais). Il propose enfin un panorama de ses locuteurs. Violeurs sans scrupule, bâillonneurs, admirateurs respectueux, amants discrets ou grands prêtres...

Alexie Lorca, ©Lire

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Le frère à la bague

François-Marie Arouet, dit Voltaire, avait un frère, Armand, trésorier de la chambre des comptes qui fut membre de la secte des "convulsionnaires de Saint-Médard", illuminés se recueillant avec cris incantatoires sur la tombe du diacre François de Pâris. Jean-Claude Bologne nous présente ce dévot janséniste qui eut comme principal obstacle à sa notoriété celui d'avoir comme cadet un génie, libre penseur, auteur de Candide, amoureux des femmes et adversaire acharné de l'obcurantisme mystique. Un incendie en 1735 où toutes les maisons furent ravagées, à l'exception du palais où logeait Armand, ouvre ce récit historique, véritable reconstitution d'un monde disparu autant que réflexion sur la vanité du pouvoir. La grâce de l'écriture et l'intelligence du propos font le reste, et montrent comment "toute vie procède d'un malentendu".

Jean-Rémi Barland, ©Lire

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Sans témoins

" Transformer un couvent en bordel, imaginer que Dieu, de passage en Russie à la fin du XIXe siècle, engrosse quantité de femmes pour donner naissance à toute une génération de révolutionnaires, tout cela est-il permis ? Bien sûr, puisque Jean Claude Bologne réussit à respecter la logique romanesque sans jamais dévier de son chemin. Le genre érotique est la meilleure et la pire des choses. Jean-Claude Bologne a su n'en garder que le meilleur. "

Pierre Maury, Le Soir.

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L'ange des Larmes
voir aussi les articles dans Blog à part, Encres vagabondes et Le cafard cosmique
Et si, d'un battement d'ailes...

          Non. Point de papillon ni de cyclone mais quelques jours de novembre 1873 pendant lesquels la France a hésité entre monarchie et république. Tandis que le comte de Chambord réunit ses partisans dans les ruines du palais des Tuileries et que s'élève une discussion sur le lien sacré entre le Verbe et la Parole, Pierre de Mousquy s'éveille difficilement dans le petit logement qu'il partage avec Marie. Pierre est un jeune étudiant en droit qui a renié sa classe pour adhérer aux idéaux de la Commune et Marie une jeune fille du peuple rencontrée sur les barricades. Pétri de poésie baudelairienne et adepte des paradis haschischins, Pierre est en pleine crise identitaire. Il rêve qu'il n'a plus de nom, se sent visité par un ange et ne sait plus s'il aime Marie ou s'il la méprise. Il ne sait pas davantage ce qu'il fera pour renflouer les finances du ménage. Rejoindra-t-il la cohorte des tâcherons juridiques embauchés par Garnier, alors engagé dans l'achèvement de l'Opéra ? Ou bien cherchera-t-il à vendre le couteau de Ravaillac qu'il a volé à son oncle ? Entre l'obscur étudiant volontairement déclassé, le célèbre architecte et l'héritier du trône de France, l'archange Cassiel que rien n'attire mieux que les profonds désespoirs et le démon Téragon s'incarnent de corps en corps, perpétuant le sempiternel affrontement entre le Bien et le Mal. À cela près que les apparences sont trompeuses.

          Comme sont trompeurs les indices qui inviteraient à classer ce roman. Que l'on se fie au couteau de Ravaillac, et l'on croit aborder un thriller historique. Aux conversations où des hommes parlent de leur relation avec les anges, et l’on songe fable philosophique. À la prophétie christique non avérée, aux considérations philologiques, et l'on s'imagine plongé dans une fiction érudite. Aux postures narratives qui fluctuent, et l'on se sent confronté à un texte expérimental ... Et que pense-t-on lorsqu'au milieu de tout cela il arrive que l'on rie ?

          La narration joue donc sans cesse du glissement. Mais la construction, elle, est des plus solides et les multiples allusions dont est parcouru le texte achèvent d'en cimenter la cohésion, jusque dans les moindres recoins.

          Voilà un roman insaisissable... Mené par des phrases d'une simplicité limpide organisées en une structure rigoureuse, le lecteur n'en est pas moins ballotté d'incertitudes en hésitations, entre anges et démons, humour et tragédie, petite histoire quotidienne et grande Histoire nationale. Par son inconfort même cet état de lecture est jubilatoire. Rehaussé de ces joies indicibles qu'allument certaines phrases, certains mots sans que l'on sache si c'est à cause de leur musique, des images qu'ils suscitent ou d'autres choses moins définissables encore, il vire à la béatitude.

Et si le véritable sujet du roman de Jean Claude Bologne était de montrer, abîmes et vertiges à l'appui, le tumulte des possibles qui se ruent et grondent au creux de cet instant infinitésimal — juste avant que l'aile commence à battre, quand le battement peut encore ne pas advenir alors que s'entrevoient déjà, en un tumultueux miroir, la ruée de toutes ses conséquences

Isabelle Roche, Le Carnet et les Instants, avril 2010.

Une mystique sans Dieu

Le Carnet et les Instants : Ghislain Cotton.
Espace Livres : Edmond Morrel
Luxemburger Wort : Jean-Rémy Barland
Le Monde des religions : Éric Vinson
La cause littéraire : Michel Host
Le Soir : Michel Grodent
Dimanche : Christophe Herinckx
L'Écho des Vosges : Marcel Cordier
Lire est un plaisir : Blog de Jacques Mercier
L'Appel : Gérald Hayois